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Contes et proverbes

Histoire de l’homme le plus fort du monde

Conte recueilli à Natitingou (Bénin) en août 1980 par Dominique Rouquette.
Conteur : Michel "l’aveugle" de Perma (Bénin).


Il y avait dans une case un homme marié avec deux femmes. L’une le flattait et l’autre lui disait de ravaler son orgueil. En effet, il était très fort. Chaque matin, il sortait et il allait vers son manguier. C’était un manguier très haut et très robuste mais notre homme le pliait rien qu’avec son pouce et son petit doigt. Sa femme flatteuse était fier de son mari. Elle le poussait à se mesurer aux autres hommes. L’autre femme lui disait qu’il trouverait plus fort que lui. Un jour, la femme flatteuse le convainc de partir en voyage pour prouver qu’il est bien le plus fort du monde : « Tu battras tous les hommes que tu rencontreras ».

L’homme part dans la brousse, il marche longtemps sans rencontrer personne. Comment se battre avec personne ? Un jour enfin, après des mois et des mois, il aperçoit à l’horizon un case. Il se dit : « Je vais enfin me battre ». Il s’approche. La case grandit tellement pendant qu’il s’approche qu’elle mesure au moins trente fois sa taille. Il entre. Une vieille femme est assise ayant bien vingt fois sa taille. Elle lui dit : « Bonjour moustique. Mais tu ressembles à un petit homme ! » L’homme lui répond : « Je suis l’homme le plus fort du monde ». « Jeune inconscient » lui dit elle, « Bois un peu de ce lait étranger ». Elle le soulève et le pose sur le bord d’une calebasse pour lui permettre de boire. La terre tremble à ce moment là, un enfant mesurant quinze fois la taille de notre homme entre. De peur, celui-ci tombe dans la calebasse. Puis le père de l’enfant, grand comme une montagne, entre à son tour. L’enfant à soif, il prend alors la calebasse pour boire. Notre homme se débat. L’enfant dit : « Tiens un moustique dans mon lait ». Le père dit : « Jette le ». L’enfant répond : « Non, ça peut servir, je vais jouer avec. Ca ressemble à une poupée ».

L’enfant et son père repartent aux champs après avoir mangé. L’enfant porte l’homme, qu’il appelle son « poupon », sous son bras. Mais il a besoin de ses deux mains pour manier la houe. Alors il met “l’homme le plus fort du monde” dans sa culotte. Là dans sa culotte, un pou le mange. Une fois son travail terminé, l’enfant cherche son poupon. Il ouvre sa culotte mais ne le voit pas. Mais par contre il y trouve un pou beaucoup plus gros que de nature. Avec son ongle, il l’ouvre et dit : « Voilà, j’ai retrouvé mon poupon ». Il le met sous son bras et le ramène à la case. Le soir, il le dépose à côté de lui pour dormir. Quand le père et le fils sont bien tombés dans le sommeil, notre homme se glisse sans faire trop de bruit. Sans trop d’encombres, sauf à un moment où le père, croyant qu’il s’agit d’un moustique, manque de l’écraser dans son sommeil.

L’homme sort de la case, il court, il court tellement vote que la semaine suivante il est chez lui. Là, il a renvoyé la femme qui le flattait. Il aime maintenant de tout son cœur celle qui lui disait d’être moins orgueilleux.

Il ne faut pas écouter la femme qui vous pousse à faire ce qui est mal.

Mon conte monte tout droit, écoute bien, palmier et cocotier.