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Présentation par Marco Aimé

Des villages temples

La première impression qu’on éprouve à visiter un village Tangba est une impression d’abandon. On semble passer au milieu d’un tas de coquilles vides. De nombreuses habitations sont à demi détruites, les toits tombés et les murs effondrés. Les villages Tangbas de la colline sont en réalité des temples, des lieux sacrés, habités seulement par les anciens et les spécialistes des rituels religieux . La plus grande partie des individus réside dans des habitations éparses dans la campagne dans un rayon d’environ trente kilomètres, et c’est seulement à l’occasion des grandes cérémonies qu’ils rejoignent les villages pour célébrer l’événement.

Habitat et lieux sacrés

Il y a quatre villages Tangbas, trois d’entre eux surgissent des collines alors que Pabégou, le quatrième, est situé dans la plaine, sur la route principale qui relie Djougou à Natitingou. Sur le versant oriental des collines surgit Seseirha, aujourd’hui indiqué sur les cartes avec une toponymie en langue dendi, Tanéka-Béri, qui signifie « les grandes pierres ». Sur le versant opposé, à environ trente minutes à pieds, se trouvent les villages de Dur, appelé aussi Tanéka-Coco, « sous les pierres », et celui de Karhum.
Le terme de village ne respecte pas fidèlement la réalité de l’habitat Tangba. En fait, chaque zone d’habitation est subdivisée en plusieurs quartiers (perho), lesquels s’organisent avec une notable autonomie politique. On peut dire que chaque quartier est un comme un village et donc que chaque village est comme une confédération de villages qui agissent conjointement. En parcourant les sentiers qui traversent l’habitat, il est difficile de percevoir les limites de chaque quartier. Seuls les pierres sacrées, les autels, les petits champs de mil considérés comme sacrés marquent les frontières. Un réseau d’indices subtils, qui passent à travers de la concession religieuse, délimitent l’espace de l’habitat. Dans chaque quartier on trouve les principales autorités traditionnelles. Le sawa, dont l’origine est souvent étrangère, le tung-té, chef de terre descendant des fondateurs du village, le namari, spécialiste rituel qui guide les classes d’âge et le boro-té, le guérisseur traditionnel.

Les anciens « sous les pieds »

L’unité d’habitation s’appelle le « sarha », une enceinte de murets de terre qui réunit l’habitation du chef de famille avec celle de ses épouses, le grenier et les deux cuisines, l’une couverte et l’autre en plein air. Les enfants mâles demeurent dans l’habitation des parents jusqu’à la naissance de leur premier enfant, puis ils émigrent dans une nouvelle maison. A la mort du père, qui sera enterré dans sa propre case, le fils aîné retourne dans la maison paternelle avec toute sa famille. La continuité est ainsi maintenue et la tradition perpétuée. La maison sera toujours habitée par le plus ancien de la famille qui aura sous ses pieds les esprits de ses ancêtres.

Cases anciennes et maisons modernes

L’habitation traditionnelle est ronde avec un toit de paille mais aujourd’hui, dans les villages Tangba, on voit de plus en plus des habitations rectangulaires et les premiers toits en tôle apparaissent. Ces derniers sont considérés comme une sorte de symbole du statut social, sans doute aussi à cause de leur coût plutôt élevé en comparaison du revenu moyen. « Ce sont les maisons des jeunes » disent les anciens, mais en fait, justement, ce sont les hommes les plus influents et donc les plus anciens qui se sont construits une habitation carrée couverte d’un toit de tôle. Dans le cas des jeunes il s’agit non seulement d’une imitation des maisons de la ville mais aussi d’une sorte de rupture avec la tradition. Dans ces maisons, vivent surtout des familles nucléaires, avec moins d’enfants que la moyenne et sans espace pour le reste de la parentèle.

Un peuple d’agriculteurs

La terre qui entoure les collines semble se gonfler pendant la saison des pluies. Le mil pousse très haut, au point de cacher les sentiers et les habitations. A la limite de la haute barrière du mil se trouvent les champs d’ignames, avec leurs caractéristiques mottes de terre d’où pointent les feuilles. Les Tangbas sont agriculteurs. « Nous aimons la houe », ont-ils l’habitude d’affirmer. Ils possèdent des paires de bœufs, qui seront utilisés seulement pour les sacrifices dans les occasions cérémonielles les plus importantes. Ce sont les Peuls qui sont chargés d’élever ces bœufs, obtenant en échange du lait et une partie de la viande quand l’animal vient à être sacrifié. Les bœufs, au-delà de leur valeur économique, sont en fait considérés comme extrêmement importants sur le plan rituel. Ce lien particulier avec les Peuls est entendue comme une relation entre frères, au point qu’il n’est pas permis de se marier avec eux. Comme il arrive souvent, la règle est parfois transgressée, transgression favorisée par la beauté des filles Peules, un élément particulièrement apprécié par les Tangbas.

Les rythmes nuptiaux

Il n’existe pas d’autres interdictions matrimoniales entre ceux qui appartiennent aux diverses ethnies de la société Tangba. Ainsi on peut se marier avec quiconque, même si on donne la préférence à un mariage au sein de son propre quartier. Les parents du jeune homme vont chez la famille de l’épousée pour dire : « nous avons volé votre fille ». Si la famille et la jeune fille acceptent, l’époux commence à travailler pour une certaine période dans le champ de son futur beau-père. Aujourd’hui, le prix de l’épouse est payé aussi avec de l’argent mais la collaboration avec le beau-père dans les travaux agricoles demeure. Avant le mariage, le fiancé apporte deux poules, deux coqs, des ignames et du sorgho pour les sacrifices. Le matin, après être venu dans la maison de son époux, la femme fuit et rentre toute seule chez ses parents. Le mari feint de ne pas s’en être aperçu et, trois jours après seulement, il commence à la chercher. Le quatrième jour, la jeune fille retourne avec le mari dans son habitation. Le matin suivant, la mère de l’époux se lève très rapidement et se poste devant la porte de l’épouse avec une coupe. La jeune fille, quand elle voit la coupe à son réveil, commence à balayer la cour, elle va chercher de l’eau au torrent avec ses co-épouses et part ramasser du bois. A partir de ce moment, elle restera dans la maison. Le premier accouchement survient dans l’habitation des parents de l’épouse. Quand la femme est enceinte, vers le sixième mois, elle retourne chez ses parents, parce que ce serait une honte d’être vue comme inexperte par sa belle-mère. Ce sera à sa mère à lui enseigner comment accueillir le bébé. Pour le second enfant, elle accouchera dans la case de son mari.

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