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Soutien au développement

Bilan de l’action maraîchage à Kérou (Bénin)

Bilan présenté par Nicolas Martin, coopérant à Kérou et partenaire d’Objectif Solidarité.
Mars 2009

Introduction
Cette année a concrétisé les efforts des années passées. Le maraîchage au barrage de Kérou a pris une nouvelle dimension : meilleurs rendements, surfaces cultivées plus grandes, augmentation du nombre de bénéficiaires…
L’appui financier d’Objectif Solidarité a été déterminant dans les résultats obtenus.

1/ Quels objectifs pour cette année ?
La population de Kérou, notamment les femmes, avaient compris que le maraîchage leur permettait de diversifier leur alimentation et d’obtenir des revenus complémentaires aux champs.
Les jardins des femmes avaient manqué d’organisation.
De plus, les rendements pouvaient être améliorés.
Ce sont ces deux points qui ont été travaillés depuis la reprise des activités de jardinage.

2/ Les améliorations techniques

2.1/ La préparation du sol

Pour obtenir de bons et beaux légumes, un effort majeur a été réalisé sur la préparation du sol. Nous avons travaillé le sol en profondeur pour avoir une terre mieux aérée. Nous avons incorporé du son de riz (écorce du grain de riz) que l’on trouve en abondance dans Kérou près des moulins. Cela a permis de modifié la texture du sol, jugée trop argileuse. Un sol argileux, est lourd, collant, compact. Les racines éprouvent des difficultés pour pénétrer en profondeur dans la terre. Or, une plante qui a des petites racines ne captent pas suffisamment d’éléments nutritifs indispensables à son bon développement.
De plus, mieux aéré, le sol a vu sa capacité en eau augmenter. La terre est humide en permanence, même en diminuant l’arrosage qui est une activité pénible et longue.
Il aurait été possible de remplacer le son de riz par du sable mais son prix est beaucoup plus élévé (une benne de son de riz coûte plus de 3 fois moins qu’une de sable). Ainsi, dans l’avenir, même sans appui financier, les jardiniers peuvent s’approvisionner en son de riz.
Le son de riz a aussi le mérite de se décomposer et de fertiliser le sol.
Nous avons désormais un sol plus léger, plus aéré et qui retient mieux l’eau.
Il ne reste plus qu’à l’enrichir. Paradoxalement, aucun engrais chimique n’a été utilisé cette année dans les jardins du barrage. Les jardiniers utilisaient les années passées de l’engrais issus de la filière du coton. C’est un engrais chimique et cher.
Cette année, j’ai fait remplacer cet engrais par un engrais naturel présent à profusion dans la ville et gratuit : les bouses de vaches, déjections de chèvres, etc. Cet engrais se trouve devant les hangars où sont gardés les bœufs ou cabris. Ces places n’avaient pas été curées depuis des mois voire des années. L’engrais était donc suffisamment décomposé pour être incorporé directement dans les planches sans risquer de brûler les racines ou les feuilles des plantes.
Ainsi, en plus d’amender gratuitement le sol, ces ramassages ont permis de nettoyer quelques rues de la ville, au grand plaisir des riverains.

Dans les jardins de cette année, des planches de 12 mètres de long, travaillées comme expliqué ci-dessus ont fait leur apparition.
C’est auprès de JTS (Semences du Jardin Tropical) que j’ai trouvé ces améliorations techniques de préparation du sol.

Aide d’Objectif Solidarité :
-  achat, réparation d’outils
-  livraisons de nombreuses bennes de son de riz
-  transport de l’engrais naturel de la ville vers le barrage

2.2/ Les pépinières

Comme les années précédentes, nous utilisons les semences JTS.
Si certaines pépinières fonctionnaient parfaitement bien dès l’année passée (chou, tomate, navet, etc.) d’autres étaient plus délicates, notamment la salade.
Or, la salade est très prisée des Kérois. Nous avions réussi à identifier la cause du problème l’année passée : les fourmis récupèrent chaque graine avant même leur germination.
Cette année nous avons investis dans des bidons en plastique de 50L que nous avons coupés en deux. C’est dans ces plastiques que nous avons fait nos pépinières de salades avec un excellent taux de germination.
Enfin, en saison sèche, nous utilisons des voiles de semis JTS pour limiter l’évaporation et protéger les plantules des ravageurs naturels.

Aide d’Objectif Solidarité :
-  approvisionnement en semences JTS
-  achat des bidons de 50L
-  transport de l’engrais naturel de la ville vers le barrage

3/ Les résultats

3.1/ Chez Ibrahim le jardinier

J’ai pris comme repère entre les résultats de cette année de l’année passée le jardin d’Ibrahim. C’est un homme de plus de 40 ans, jardinier depuis des années et ouvert aux propositions d’améliorations techniques.
Il travaille sur la même parcelle que lors de la saison 2007-2008.
C’est un jardinier heureux ! Les résultats lui donnent le sourire et la bonne santé.
Il juge la préparation du sol difficile mais il se rend compte que ça vaut le coup. Le travail ensuite est moins pénible. L’an passé il arrosait son jardin deux fois par jour, pendant 1h30 à chaque fois. Cette année, une fois par jour pendant 1h suffit. Avant que la saison chaude arrive, il arrosait seulement tous les 2 ou 2,5 jours.
Il a donc divisé son temps d’arrosage par 3. Sachant que c’est l’activité la plus difficile et la plus limitante à l’expansion du jardin, c’est un résultat qu’il n’espérait pas.
Le temps dégagé lui permet de se reposer (moins de risque de maladies comme le paludisme) et/ou de faire d’autres travaux rémunérés à côté du jardinage.
—> il travaille moins.

Il n’a pas utilisé d’engrais du coton cette année. Il a économisé près de 15 000 FCFA (cf 23 euros) soit l’équivalent d’une contribution scolaire.
—> il dépense moins

Les rendements sont bien meilleurs que l’année passée ! Il devrait au moins doubler son chiffre d’affaires. Les choux sont plus gros, les carottes sont belles tout comme les aubergines.
Les épinards tropicaux ont de belles feuilles même en pleine saison sèche ce qui n’était pas le cas avant.
—> il gagne plus

3.2/ Dans le jardin expérimental de la mission
Le jardin de la mission poursuit 3 objectifs :
-  démonstration de nouvelles techniques
-  transmission du savoir en formant un apprenti
-  découverte de nouveaux légumes

Pour que les gens suivent les nouvelles orientations techniques, il fallait les persuader du bien-fondé du changement. Or, le plus efficace est de faire soi-même tout en expliquant la méthode et les résultats espérés. Les bénéficiaires potentiels observent et s’approprient l’évolution s’ils sont convaincus.
C’est pour cela que dès la fin de l’année passée j’avais essayé la méthode de travail du sol en profondeur.
Ainsi, à la reprise des jardins, Ibrahim n’a pas hésité à suivre mes conseils. Et comme il a commencé dès septembre, il a eu les premiers résultats vers novembre/décembre. Or, les femmes sont arrivés fin décembre ; il a été un exemple pour les femmes qui l’ont copié.

En formant un apprenti, on donne à un jeune les compétences nécessaires pour gagner sa vie. De plus, comme il réalise les travaux de jardinage, il m’a permis d’avoir un jardin propre, diversifié pour pouvoir réussir la mission d’exemple expliqué ci-dessus.
Aussi, j’ai fait découvrir de nouveaux légumes : radis, chou-fleur, navet, potiron. Ce qui marche le mieux dans la nouveauté est le navet. Quelques personnes en achètent régulièrement. La présence de ce jeune a été très importante pour la réussite du projet.

Aide d’Objectif Solidarité :
-  paye de l’apprenti

4/ Le jardin des femmes

4.1/ A Kérou

Deux groupements de femmes se trouvent sur le site du barrage, correspondant à deux quartiers. Le premier groupement est celui des femmes de Karigourou et le second des femmes de Waroungourou.
Le groupe de Karigourou est composé de 18 femmes. Elles ont la particularité de ne pas avoir suivi mes conseils d’organisation et de préparation du sol. Je suis resté disponible pour les aider.
Elles n’ont donc pas eu de meilleurs rendements que l’année précédente et leur responsable a avoué avoir été débordé par le nombre de personnes.


De leur côté, les 24 femmes de Waroungourou se sont pliées aux règles de la nouvelle organisation (deux planches de 12 mètres de long par femme) et à la nouvelle technique de préparation du sol.
Elles ont obtenu des résultatssimilaires à ceux d’Ibrahim. Elles travaillent moins, dépensent moins et gagnent plus.
Les planches étant alignées, les passages sont clairs et préservent les légumes de l’inattention des visiteurs.
Il est amusant de signaler qu’elles n’étaient pas convaincus du bien-fondé de cette organisation. Ce n’est qu’il y a quelques jours qu’elles m’ont avoué avoir été déçues de n’avoir que deux planches. Mais aujourd’hui, elles sont heureuses des résultats de leur jardin.

La réussite de leur jardin a fait prendre conscience aux femmes de Karigourou de l’intérêt d’organiser les planches et de mieux travailler le sol.

4.2/ A Brignamaro

Brignamaro se situe à 12 km de Kérou. Sur ce site, il n’y a pas d’eau disponible aussi facilement qu’à Kérou. Il faut creuser pour réaliser un forage maraîcher. Le creusage, l’achat d’une motopompe et son installation coûtent 600 000 FCFA (914 euros). Les femmes ont réussi à cotiser plus de 400 000 FCFA (610 euros) grâce aux revenus d’un champ communautaire et à la vente de leurs légumes.
Ainsi, pour les encourager et les inciter à poursuivre leurs efforts, je leur ai remis 100 000 FCFA (152 euros).

4.3/ Une rencontre enrichissante
Le 18 mars 2009, j’ai organisé avec Zakari une rencontre entre les femmes de Brignamaro et les femmes de Kérou pour qu’elles se rendent compte de nombreuses différences (pratique culturale, accessibilité à l’eau, organisation du groupement et du jardin) et qu’elles se donnent des conseils.
Dix femmes de Brignamaro ont marché 15 km pour arriver au barrage. Les 18 et 24 femmes de Kérou étaient présentent. Près de 50 femmes impliquées dans le jardinage se sont rencontrées.
On en a profité pour leur donner des conseils sur la mobilisation des ressources financières, sur les techniques de préparation du sol, etc.
Cet échange s’est terminé autour d’un repas.
Cette manifestation a été appréciée tant par les organisateurs que les participants.

Aide d’Objectif Solidarité :
-  financement à hauteur de 100 000 FCFA (152 euros) du forage maraîcher
-  repas lors de la visite de travail des femmes de Brignamaro

5/ Ce qu’il reste à installer à la date du rapport

5.1/ Les systèmes de goutte à goutte
La livraison tardive des goutte à goutte n’a pas permis d’en profiter au maximum (complexité de la réalisation de la commande à cause de l’éloignement d’Internet et 2 mois de délai de livraison).
Ils vont être utilisés avant la fin du mois de mars (on attend le travail du soudeur : fixation d’un bout de tuyau métallique dans le tonneau pour adapter le goutte à goutte).
Le premier est en fonctionnement dans le jardin expérimental de la mission.

5.2/ Les systèmes de pompage

Le système de pompage testé l’année passée n’a pas été retenu. Il s’agissait de puiser l’eau dans un puits, de la déverser dans une gouttière qui l’acheminait jusqu’à un bassin.
C’est peu efficace, les manœuvres sont longues.
Suite à ce constat, il a été décidé avec le plombier et le soudeur basés à Natitingou (155 km de Kérou) de retenir le système suivant :
Nous gardons l’idée d’approvisionner l’eau de la berge à des bassins en ciment placés plus dans les terres. Des pompes JAPY assurent la prise d’eau au niveau des berges. Elles sont manuelles (peu d’entretien), ne se bouchent pas (comme le niveau de l’eau varie, c’était un paramètre important) et la distance entre la pompe et le bassin n’est pas à prendre en compte. La force nécessaire pour pomper dépend de la distance entre la pompe et la prise d’eau uniquement. Il ne fallait pas avoir besoin d’une force trop importante car de nombreux enfants aident leurs mamans à arroser. Les tuyaux entre la pompe et la prise d’eau sont enfouis. Ils ne bloquent pas le passage contrairement au système de gouttière.
Ce système a beaucoup plus d’atouts que le précédent.
Ces pompes ont été difficiles à trouver car elles ne sont plus beaucoup utilisées. Elles ont souvent été remplacées par des motopompes.

Les bassins ont été réalisés par Ibrahim (il a des compétences en maçonnerie).
Le matériel a déjà été acheté, l’installation est en cours. Il ne reste qu’à relier les pompes aux bassins avec des tuyaux.
Le surcoût est de 155 000 FCFA (236 euros) par rapport au système précédent. Il est financé par un excédent de la catégorie Frais de fonctionnement.

Aide d’Objectif Solidarité :
-  achat de cinq systèmes de goutte à goutte
-  achat de cinq systèmes de pompage

6/ Le devenir du projet
L’augmentation du nombre de bénéficiaires, l’amélioration des rendements prouvent, s’il y en avait encore besoin, de la pertinence de votre financement de cette année de travail.
La population est reconnaissante du travail effectué et de l’aide qui lui a été apportée.

Il n’y aura pas d’autres volontaires pour le maraîchage à Kérou. Les jardiniers à temps plein ont les ressources techniques nécessaires pour vivre de leur activité.
Les femmes seront encadrées par Ibrahim.
La supervision des activités maraîchères et l’organisation globale du barrage seront assurées par Victorin, successeur de Vincent Renaud.

La transition s’effectue depuis plusieurs semaines, sans rencontrer de problèmes. Le jardinage continuera de donner une âme au site du barrage… en attendant éventuellement des activités complémentaires car le site ne donne pas encore la pleine mesure de son potentiel.

Conclusion
Votre aide financière a été essentielle à la bonne marche du projet cette année. Les bénéficiaires sont satisfaits des résultats et parlent déjà de l’année prochaine.
Ils ont acquis les outils nécessaires pour continuer seuls, sans autre volontaire.

Il est important de préciser que ce projet dépasse le plan technique. Il est essentiellement humain, de par ses moyens et ses objectifs. Ne pas prendre en compte cette dimension humaine de ce projet serait une erreur majeure !
Les conseils des plus avisés aux plus inexpérimentés, l’aide des plus costauds aux plus fragiles, les discussions entres les différents acteurs ont été les principaux outils pour avancer efficacement.
De plus, ce que nous visons, c’est l’épanouissement de la personne : lui permettre de réussir en lui transférant les compétences dont elle a besoin.

Et c’est ce à quoi nous avons réussi ensemble.
Merci.